| Interview de François BAYROU dans La Croix |
| Jeudi, 10 Juin 2010 08:13 |
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Françcois Bayrou : « Il n’est pas question que je me rallie aux uns ou aux autres » Dans un entretien exclusif à «La Croix» mercredi midi 9 juin, le président du Modem réfute toute idée de manoeuvre ou de ralliement à l'un ou l'autre camp, mais se dit prêt à accepter des compromis.
Le centre, c’est deux choses : d’abord le choix du pluralisme contre la bipolarisation ; ensuite un projet et des valeurs différentes des deux partis actuellement dominants. Un exemple : à droite comme à gauche, il y a un « fétichisme » de l’État : à droite, on rêve que l’État commande tout ; à gauche, on rêve que l’État pourvoie à tout. Or, il s’agit dans les deux cas d’une conception jacobine. J’ai une conception différente, plus girondine : je crois que la société doit se prendre en main ; la vie locale, l’entreprise, l’association, la famille, ce doit être aussi fort que l’État.
J’ai refusé d’avaliser les dérives du pouvoir actuel tandis qu’ils les ont approuvées. Je suis dans l’opposition, ils sont au gouvernement et dans la majorité. Comment peuvent-ils contester aujourd’hui ce qu’ils ont applaudi hier et ce qu’ils votent tous les jours ? C’est cela la grande différence entre nous. Mais je n’ai pas oublié qu’ils ont été mes compagnons. Nous formons une famille politique. Elle se reconstituera. La période des recompositions politiques n’est pas terminée. Il y a beaucoup de personnes au PS avec qui je me sens en phase, sur le plan intellectuel : Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls, Gérard Collomb, et bien d’autres encore issus du courant Delors-Rocard. Ma liberté, c’est de parler avec tous les responsables du champ démocratique français.
Mais aujourd’hui, nous sommes devant une question majeure : celle des retraites. Toute ma vie, je me suis battu contre les déficits. Les Français savent que j’ai fait de ce sujet un avertissement central de ma campagne présidentielle de 2007. J’ai dit que si la réforme était raisonnable et juste, j’étais prêt à assumer le choix de la soutenir. Je pose donc aujourd’hui trois conditions pour le soutien du MoDem. Une disposition qui rende justice aux carrières longues, à ceux qui ont commencé à travailler à 14, 15 ou 16 ans. Une autre qui prenne en compte la pénibilité de certains métiers. Enfin, le plus important de tout, pour quoi je me battrai comme un chien, et dont personne ne parle : le maintien du « filet de sécurité » des 65 ans. Les femmes qui ont élevé des enfants, ceux qui ont été au chômage, tous ceux-là n’ont pas les annuités mais ont la possibilité de partir à la retraite sans pénalisation à 65 ans. C’est la mesure la plus sociale, parce qu’elle s’adresse aux moins favorisés. Pour l’instant, ces trois conditions ne sont pas remplies. Je multiplie les messages pour qu’elles le soient.
Le terme de « réchauffement » est donc inapproprié ?
Je parle avec les responsables de l’exécutif : le premier ministre et le président de la République. Certains le rendent public, d’autres pas. Et je parle évidemment aussi avec ceux qui sont comme moi issus de l’UDF et dont j’ai été séparé par le débat que nous avions sur la juste politique suivie. Croyez-moi : personne n’a la vérité à lui tout seul ! Pas plus les gouvernants que les opposants. Il faut donc parler, confronter les idées pour trouver le juste chemin. En même temps, si les erreurs ou les fautes commises ces trois dernières années se perpétuent, je les dénoncerai avec la même implacabilité.
Nos idées sont suffisamment claires et solides pour n’être pas remises en question au moindre vent. Nous pouvons, comme dans les collectivités locales, accepter des compromis, imaginer des contrats. Mais pas question de manœuvres, d’aucune sorte. Surtout quand c’est difficile, il faut être irréductibles. C’est ma ligne de vie.
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